Quand on démarre son activité ou qu’on la développe, on n’arrête pas de nous parler de valeurs pour avoir une identité forte. Dans notre positionnement, notre branding, notre identité visuelle, notre communication, notre expérience client… On nous répète que ces valeurs doivent être l’extension de qui on est, liées à notre pourquoi et à notre vision, à des causes qui nous animent, à nos sensibilités d’indépendante.
Sur le papier, c’est joli.
Mais une fois qu’on les a « choisies » (souvent en cochant deux/trois adjectifs dans un guide de branding, oupsi…), comment on les met vraiment en pratique ? Comment on les incarne, concrètement, au lieu d’en faire un élément de stratégie un peu vide, qui sert surtout à faire joli sur un site internet ?
Fuyons les engagements de surface
En marketing, on répète en boucle qu’il faut définir ses valeurs. Bienveillance, authenticité, éthique, liberté, audace… On les retrouve un peu partout, sur les pages « à propos », dans les bios Instagram, dans les manifestes de marque. Sauf que, si vous observez bien, la plupart des indépendantes n’assument pas vraiment leurs convictions, alors qu’elles en sont pourtant l’extension directe.
Les engagements se limitent souvent à des petits gestes individuels : les outils plus éthiques qu’on utilise, un hébergeur vert ou un site éco-conçu, un régime vegan. Ce n’est pas rien, ces gestes comptent, bien-sûr !
Mais on parle trop peu de la dimension collective, et du contexte commun qu’on partage toutes. De ce qui dépasse notre petite bulle d’entrepreneuse. C’est pourtant cette dimension-là qui a le plus d’impact, à grande échelle.
Et si on parlait vraiment de politique dans l’entrepreneuriat ? Il se passerait quoi ?
Je sais que c’est un sujet qu’on dit « sensible ».
La politique, le patriarcat, le féminisme, les droits LGBTQIA+… Des thèmes qu’on préfère souvent laisser à la porte de son activité, par peur de « diviser » sa communauté, s’attirer les haters ou de perdre des clients. Faut-il s’en empêcher pour autant ?
Incarner ses valeurs, pour de vrai, ça veut aussi dire assumer ses prises de position. Pas seulement les dire : les incarner, les faire exister. Dans une période où nos droits sont plus que jamais menacés, il est urgent que les indépendantes s’emparent des sujets d’actualité et des sujets politiques, chacune à sa mesure.
On entretient, dans l’entrepreneuriat comme dans le monde du travail en général, l’idée que la politique n’a pas sa place. Que c’est une affaire personnelle, intime, qu’on garde pour soi. Je ne partage absolument pas cet avis, vous l’avez compris. 🤓
Tout est politique. Nos conditions d’indépendantes sont politiques. Nos conditions en tant que femmes sont politiques.
Parler de ses convictions, ce n’est pas prendre position derrière un parti ou dire pour qui on vote. C’est affirmer ses valeurs et leur donner une incarnation concrète. Intégrer la politique, d’une façon ou d’une autre, dans sa communication, c’est simplement une manière d’incarner ses valeurs engagées, au lieu de les laisser dormir dans une page « à propos ».
Dites-moi : si vous ne mentionniez pas vous-mêmes quelles sont vos valeurs, est-ce que votre communauté saurait les identifier ? Si la réponse est non, vous avez du boulot 🫶.
Un dernier argument pour vous convaincre, et pas des moindres.
Il existe aujourd’hui des personnes qui soutiennent une « écologie » libérale (comprendre : de droite voire d’extrême droite), sans jamais remettre en question le capitalisme ou sans prendre en compte son aspect social.
Tout comme un pseudo « féminisme » raciste (le fémonationalisme, incarné notamment par le collectif Nemesis), porté par l’extrême droite, qui instrumentalise la cause des femmes pour stigmatiser les personnes racisées.
J’imagine que vous n’avez pas envie de laisser planer le doute et la confusion sur vos propres positions. 😉
Infuser vos convictions dans votre communication, pour vraiment incarner vos valeurs, à votre rythme : quelques idées concrètes
Bonne nouvelle, la prise de position peut prendre plein de formes différentes, et c’est cumulable !
Plus ou moins visibles. Plus ou moins progressives.
L’idée n’est pas de tout faire d’un coup, mais de trouver ce qui vous correspond, à votre niveau de confort et de disponibilité.
Voici quelques pistes :
- Partagez votre expérience. Évoquez la façon dont la situation actuelle influence vos conditions de travail, vos revenus, votre charge mentale, votre qualité de vie, sans forcément tenir un discours politique frontal. C’est déjà un premier pas, et souvent le plus accessible ! Vous verrez qu’en plus, cela déclenchera de chouettes échanges.
- Être un relais. Amplifiez la parole d’autres personnes plutôt que de porter le sujet avec votre propre voix, si c’est plus confortable pour vous. On se sent parfois peu légitime ou peu armée pour aborder ces sujets complexes : relayer la parole d’autres indépendantes, de créateurices de contenu, de médias indépendants, de livres ou de podcasts qui vous touchent, c’est déjà une façon accessible de partager vos convictions, sans avoir à tout théoriser vous-même.
- Dénoncez les vrais responsables, et partagez des actions ou des pétitions, plutôt que de rester dans une posture passive et fataliste.
- Rejoignez un mouvement associatif (ou un parti politique) : donnez de votre temps, et rendez-le visible auprès de votre audience. Pas pour vous en vanter, mais parce que montrer que c’est possible d’y consacrer du temps professionnel, ça donne des idées à d’autres (j’en suis la preuve depuis que je parle de mon engagement chez Victoires Populaires).
- Infusez vos valeurs sur votre site internet : parlez de vos convictions, de vos expériences associatives ou militantes, dans votre page « à propos » ou une page dédiée, un post épinglé. Allez jusqu’à créer une charte éthique accessible qui affiche vos engagements noir sur blanc sur votre site internet.
- Communiquez votre soutien financier à certaines associations militantes, publiquement. Ça peut paraître banal, mais c’est aussi une façon très concrète de montrer où va votre argent, au-delà de votre discours marketing.
Faites-le d’abord en story ou en newsletter si vous vous y sentez plus à l’aise, allez-y pas à pas. Partagez vos inquiétudes, vos questionnements, vos ressentis : tout est légitime. Vous verrez, ça fera écho à plein de personnes dans votre audience et ça déclenchera de chouettes discussions.
Prendre soin de vous, dans tout ça
Ces sujets peuvent être très anxiogènes, et c’est normal. Avec mon propre trouble anxieux généralisé, je ne peux que comprendre à quel point il est douloureux de rester informée sur ces enjeux au quotidien. Pour autant, il me semble difficile, en 2026, de s’isoler totalement de tout ça. Et il me paraît responsable de s’en saisir, à sa mesure, sans culpabiliser si on n’a pas la force de s’y confronter tout le temps.
D’ailleurs, vous saviez que le passage à l’action participait souvent à réduire l’anxiété ? Une étude publiée en 2022 dans Current Psychology le confirme : les personnes qui vivent une anxiété climatique et qui s’engagent dans des actions collectives présentent moins de symptômes dépressifs que celles qui restent seules face à leurs inquiétudes. C’est mon expérience personnelle aussi. Agir avec d’autres, ça recrée du lien, ça sort de l’isolement, et surtout ça redonne ce sentiment d’avoir un peu de pouvoir sur la situation, plutôt que de la subir.
Au-delà de ces actions : prenez soin de vous. Cette courte méditation peut vous aider à mettre de la distance avec votre anxiété liée à l’actualité. C’est ok de prendre du temps pour se ressourcer, de couper de temps en temps si besoin, de s’isoler des médias quand ça devient trop. On n’est pas obligée d’être en veille permanente pour être légitime à s’engager.
Vous êtes engagées ? Alliées à la cause LGBTGIA+, sensibles à l’écologie, au droit des enfants, aux injustices, au féminisme… ? Montrez-le ! Et si vous le faites à la suite de la lecture de cet article, taguez-moi sur Instagram (@lucie_colin_design) ! Je serai ravie de relayer vos prises de position 🙂.



